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Paris sans le peuple

Présentation du livre par l'éditeur

Où est passé le peuple parisien ? Quelle place la ville de Paris accorde-t-elle aujourd'hui aux classes populaires ? Depuis plusieurs décennies, la capitale connaît un processus de gentrification, un embourgeoisement spécifique des quartiers populaires qui passe par la transformation matérielle de la ville (réhabilitation de l'habitat, renouvellement des commerces, embellissement de l'espace public). Que se passe-t-il vraiment et qu'y a-t-il en jeu dans ces transformations à la fois urbaines et sociales ? Voilà qui est le plus souvent laissé dans le flou et masqué derrière une sorte d'évidence, comme si cela faisait partie de l'évolution « naturelle » des villes. 

Ce livre vient éclairer ce processus et permet d'approfondir la connaissance de Paris et de son évolution récente. À partir d'un travail de recherche et d'une enquête de terrain menée pendant quatre ans dans plusieurs quartiers parisiens, Anne Clerval montre que cette transformation est autre chose qu'une simple amélioration du bâti, de l'espace public ou des commerces, et révèle à qui elle profite et qui elle dépossède. Elle propose en particulier une approche circonstanciée des politiques menées par la gauche depuis 2001 et de leurs effets.

Un livre essentiel pour permettre aux lecteurs, Parisiens ou non, de s'approprier les enjeux sociaux et politiques de l'évolution de la ville.

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Réponse de l'auteure aux critiques adressées par Colin Giraud dans le CR de Métropolitiques (janvier 2014)

http://www.metropolitiques.eu/Paris-gentrifie-les-elites-contre.html

Le chapitre 5 propose d’expliquer « comment un quartier se gentrifie » : en affirmant que « chaque fois, le scénario est le même » (p. 107), Anne Clerval s’inscrit dans la filiation du modèle canonique de la gentrification de Neil Smith.

La citation est sortie de son contexte, « chaque fois » réfère à plusieurs exemples de transformations des commerces dans certains quartiers de Paris (Bastille, Oberkampf, Canal Saint-Martin), pas à l’ensemble des processus de gentrification à Paris.

Ensuite, le « modèle canonique » de Neil Smith n’existe pas1, l’auteur semble confondre la périodisation que Smith propose pour la gentrification à New York et dans les villes anglaises (Smith, 2003) et le modèle des étapes (stage model) qui suppose que la gentrification passe toujours par les mêmes étapes d’investissement et de réhabilitation progressifs d’un quartier (Pattison, 1977). Ce modèle n’est pas compatible ni avec le travail de Neil Smith (qui a montré dès 1979 que la gentrification pouvait passer par une opération de rénovation urbaine), ni avec mon travail puisque je considère aussi la gentrification comme pouvant passer par des formes différentes (donc pas réduite à la réhabilitation), et que la cohérence de la notion ne réside pas dans la forme qu’elle prend, mais dans le fait qu’il s’agit à chaque fois d’une dépossession des classes populaires et d’une appropriation d’un espace par des classes intermédiaires.

Voici un extrait de ma thèse là-dessus (p. 16) :

Dans deux articles récents, T. Slater insiste sur l’importance du processus de transformation sociale (class transformation) dans l’espace urbain que représente la gentrification, soit « la production d’espace pour – et sa consommation par – une population arrivante très différente et plus aisée » (Slater, Curran et Lees, 2004, p. 1145). De façon similaire, Elvin K. Wyly et Daniel J. Hammel affirment, dans l’ouvrage collectif dirigé par Rowland Atkinson et Gary Bridge sur la gentrification : « peu importe la forme qu’elle prend, la gentrification a fondamentalement à voir avec la reconstruction de la ville-centre pour servir les intérêts des classes moyennes et supérieures » (Wyly et Hammel, 2005, p. 20). Ce faisant, « la gentrification est une expression de l’inégalité urbaine et a des effets importants » (Slater, 2006, p. 747).

·      « Une gentrification tous azimuts »

C’est d’abord sur le modèle de la diffusion spatiale de la gentrification (chapitres 4 et 6) que le livre s’avère ambigu. D’un côté, il affirme que « les différentes phases de gentrification ne peuvent (…) pas se lire comme un modèle strict d’étapes bien définies, parce que, en progressant dans l’espace, les modalités du processus se transforment » (p. 119) ; de l’autre, il souligne « la grande cohérence du processus de gentrification à Paris, qui progresse de façon principalement continue dans l’espace urbain » (p. 130).

Là, l’auteur semble mélanger deux niveaux d’analyse :

- la première citation est justement une réponse au modèle des étapes, qui porte donc sur l’ensemble du processus et de ses modalités, et ouvre un passage sur la diversité des modalités de la gentrification dans différents quartiers de Paris ;

- la seconde porte sur les modalités de diffusion spatiale du processus, ce n’est donc pas la même chose : l’analyse que je propose est celle d’une processus de diffusion de proche en proche, ce qui diffère de la diffusion par noyaux coalescents à New York (hypothèse que je fais, mais je n’ai pas trouvé d’article, même de géographe, qui s’intéresse à cette question du mode de diffusion spatiale de la gentrification).

Même si les modalités et les rythmes peuvent être très différents selon les quartiers, la diffusion spatiale est assez progressive et régulière, ce qui n’empêche pas toutefois des avant-postes et des contournements, comme je l’explique dans l’ouvrage. Et cela ne suppose pas qu’il en aille de même dans toutes les villes, cette analyse est valable pour le cas parisien.

Surtout, il mobilise le terme même de gentrification de façon très extensive. Dans le chapitre 6, la représentation cartographique tend notamment à accréditer l’idée d’une « conquête générale » depuis « un centre polarisateur » constitué « des beaux quartiers de l’ouest parisien » vers le nord-est de Paris (p. 113). Le terme de gentrification englobe ainsi, dans un même mouvement de long terme, « démolition et construction neuve dans le 15e arrondissement », « réhabilitation de l’habitat ancien populaire dans les 5e et 6e », « réhabilitation du Marais » et processus plus récents et très différents tels que les constructions flambant neuves du quartier Paris Rive Gauche (13e arrondissement) ou les réhabilitations plus ponctuelles des 18e et 20e arrondissements (p. 116117). Cet usage a l’inconvénient de recouvrir des configurations urbaines et des contextes sociologiques tellement différents qu’on peut se demander s’il n’empêche pas d’identifier et de saisir d’autres mécanismes du changement urbain.

Il semble y avoir un malentendu sur l’interprétation de la carte de synthèse sur la progression du front pionnier de gentrification (p. 114-115) : en synthétisant la progression de la gentrification dans l’espace parisien, elle simplifie aussi sa représentation. Il y a bien eu de la gentrification sur la rive gauche, selon des modalités assez différentes de la gentrification actuelle de la rive droite, mais elle ne concerne que les quartiers qui étaient populaires à l’origine. Cela ne veut pas dire que la gentrification résume les différentes formes d’embourgeoisement à Paris. Il y a un passage explicitement consacré à cette question dans le livre : « L’embourgeoisement de Paris sous toutes ces formes » dans le chapitre 4 (p. 78-90). Je distingue l’embourgeoisement des beaux quartiers (renforcement de l’exclusivité sociale), l’embourgeoisement des espaces intermédiaires et la gentrification des quartiers populaires. Sur la carte de synthèse, seule la gentrification est représentée, c’est un choix de représentation, pas un choix d’interprétation comme le montre le reste du livre.

La critique semble aussi porter sur l’extension de la notion, c’est un débat qui traverse la littérature et je me positionne clairement pour intégrer la new-build gentrification dans la notion : encore une fois, ce qui fait sa cohérence pour moi, ce ne sont pas les formes et les modalités, mais le fait qu’il s’agisse d’un processus d’appropriation sociale des quartiers populaires par leur transformation matérielle. Après, cela n’empêche pas (au contraire) d’analyser les différentes formes que prend ce processus et les effets différenciés que cela peut avoir (ce que je fais dans le livre). Montrer la cohérence d’une notion ne signifie pas que le processus qu’elle désigne est uniforme. Cela est d’ailleurs valable pour les classes sociales, mais j’y reviendrai.

·      « Une vision réductrice des rapports sociaux »

Dans la lignée des travaux de Neil Smith, l’auteure mobilise à de nombreuses reprises le vocabulaire marxiste dans une version très orthodoxe et binaire faisant de la gentrification une forme d’exploitation des classes populaires par des classes dominantes. Elle assimile clairement les gentrifieurs à une classe mobilisée, proche des médias, du pouvoir et d’un très abstrait « capital », à la manière de la bourgeoisie capitaliste du Second Empire.

Là, la critique s’appuie sur des éléments clairement inexacts : si j’utilise un vocabulaire marxiste, ou plutôt si je m’appuie sur un paradigme matérialiste en termes de rapports de domination, dont les rapports de classe, celui-ci est en partie hérité d’un marxisme hétérodoxe, critique du marxisme-léninisme, économiciste et simpliste. En particulier, l’analyse des rapports de classe sur laquelle je m’appuie n’est pas binaire mais ternaire (en trois voire quatre classes), puisqu’elle est centrée sur la place pivot d’une classe intermédiaire que Jean-Pierre Garnier (2010) appelle la petite bourgeoisie intellectuelle et qui se rapproche fortement de ce qu’Alain Bihr (1989) appelle l’encadrement capitaliste.

L’auteur ne semble pas bien maîtriser les approches marxistes en me reprochant de (soi-disant) faire « de la gentrification une forme d’exploitation des classes populaires par des classes dominantes »… l’exploitation étant un rapport qui se situe dans le champ du travail, celle-ci étant en outre le fait de la bourgeoisie qui exploite tant les classes populaires que la petite bourgeoisie intellectuelle (du moins celle qui est salariée), la gentrification ne peut guère être rapportée à une exploitation. En revanche, elle s’inscrit dans un rapport de domination plus large entre la petite bourgeoisie intellectuelle (dont font partie les gentrifieurs, mais qui ne se réduit pas, loin de là, aux gentrifieurs), elle-même dominante dominée (dans un cadre non directement marxiste, Bourdieu [1979] parle de petite bourgeoisie nouvelle et de fraction dominée des classes dominantes), et les classes populaires. Selon Garnier ou Bihr, cette classe a une position « d’agent subalterne de la domination », en facilitant directement l’exploitation (par l’encadrement) ou en contribuant à reproduire l’ordre social (et d’abord l’État) qui rend possible cette exploitation (par la fabrique du consentement notamment).

Sur la définition de la petite bourgeoisie intellectuelle comme classe intermédiaire intégrant les cadres, les professions libérales comme les professions culturelles, voici ce que j’en dis dans le livre (p. 40-41 – sans les notes) :

Selon Jean-Pierre Garnier, cette petite bourgeoisie intellectuelle particulièrement concentrée à Paris occupe une position intermédiaire dans les rapports de classe capitalistes entre bourgeoisie et prolétariat : elle assure principalement un rôle d’encadrement et d’inculcation idéologique (à travers les médias, la culture ou l’enseignement), formant ainsi une sorte d’huile dans les rouages de l’exploitation, sur laquelle est fondé le système capitaliste. Son rôle est ainsi déterminant dans la diffusion hégémonique de la pensée dominante, qui amalgame opportunément l’ordre moral républicain et les dogmes économiques néolibéraux pour assurer la paix sociale. Ce rôle idéologique est aujourd’hui d’autant plus important que les conditions de travail et d’exploitation sont de plus en plus difficiles et que les inégalités augmentent.

Cependant, ce groupe social en pleine ascension n’est pas homogène : une partie en son sein bénéficie de hauts revenus et d’une certaine sécurité d’emploi, comme les cadres supérieurs des entreprises capitalistes ou les journalistes de l’audiovisuel par exemple, tandis que d’autres cumulent travail intermittent et faibles salaires dans le spectacle vivant, la recherche ou le journalisme. La petite bourgeoisie intellectuelle dans son ensemble se trouve dans une position sociale paradoxale et est traversée de contradictions, qui se retrouvent sur le plan politique et idéologique. C’est également en son sein que s’épanouissent ainsi les pensées et les pratiques alternatives, qu’elles soient autogestionnaires, écologistes ou féministes et queer. Comme la petite bourgeoisie traditionnelle, elle est dominée par la bourgeoisie en étant exploitée dans son travail et en subissant la dégradation des conditions de travail imposée par le capitalisme néolibéral, mais elle perçoit aussi une rémunération supérieure à la seule reproduction de sa force de travail, une sorte de rétrocession partielle de la plus-value capitaliste, qui témoigne de sa participation à l’exploitation des classes populaires. En outre, si les niveaux de revenus en son sein sont très variables, l’éloignant ou la rapprochant des conditions de vie de ces dernières, la petite bourgeoisie intellectuelle est dominante sur le plan culturel : son haut niveau de diplôme et son capital social, notamment un habitus maîtrisant la culture légitime, lui permettent de se placer sur le marché du travail, de placer ses enfants sur ce qui est devenu le marché scolaire, et de se placer sur le marché immobilier, en investissant des quartiers jusque-là peu valorisés par les classes dominantes.

Si cette transformation des rapports de classe concerne toute la France (comme l’ensemble des pays anciennement industrialisés), la petite bourgeoisie intellectuelle en ascension se concentre dans les centres-villes et en particulier à Paris, comme le fait depuis longtemps la grande bourgeoisie elle-même. Néanmoins, le prolétariat n’est pas absent pour autant et on a vu la résistance des secteurs employant principalement des travailleurs migrants. Cela indique un recoupement particulier des rapports de classe et des rapports de domination de « race » dans la ville. Du point de vue de la gentrification, cela signifie qu’elle ne représente pas seulement l’appropriation de quartiers populaires par des petits bourgeois, mais aussi l’investissement de Blancs, qui plus est détenteurs de la culture légitime, dans des quartiers marqués par l’immigration extra-européenne. Cela est renforcé par la domination spécifique que subissent les classes populaires immigrées sur le marché du logement.

Ce passage, bien que condensé pour les besoins du livre (la thèse a été réduite de moitié), devrait permettre de montrer qu’utiliser le paradigme des rapports de classe n’implique pas une analyse ni binaire, ni simpliste ni déterministe, et qu’elle n’empêche pas de montrer les contradictions qui traversent une classe, ni d’être articulée à d’autres rapports de domination, ici les rapports de « race » (au sens de produit par un système raciste), ce que ne font pas Jean-Pierre Garnier ou Alain Bihr.

Pourtant, dans le même temps, l’ouvrage abandonne le modèle de la « ville revanchiste » (Smith 1996) dans le cas de Paris et suggère que les « gentrifieurs » sont plus difficiles à situer dans l’espace social : leurs origines sociales, leurs parcours et leurs modes de vie montrent de fortes variations sociologiques. Les situer tous catégoriquement parmi les catégories supérieures ne va pas de soi : le fait de disposer d’un revenu supérieur au revenu médian de l’unité urbaine de Paris (p. 143) ne peut suffire à prouver leur « participation à l’exploitation des classes populaires » (p. 41).

Là, encore, cela va trop vite. Je n’abandonne pas le « modèle » de la ville revanchiste, ce n’est pas un modèle mais une interprétation proposée par Neil Smith des politiques de gentrification à New York. C’est d’ailleurs pour cela que j’en parle dans la partie consacrée au rôle des politiques publiques à Paris. Là, l’idée de ville revanchiste me sert pour interroger ce rôle, et je montre que l’on ne peut pas parler de ville revanchiste dans le cas de Paris… cela n’a guère de sens de dire que je l’abandonne, car je pense qu’elle reste valable pour New York, je la mets à l’épreuve pour Paris. D’ailleurs, dans la conclusion, je montre que même si le rôle des politiques publiques à Paris est beaucoup plus ambigu qu’à New York, les discours sur les quartiers populaires anciens se ressemblent, témoignant d’une distance de classe (si ce n’est d’un mépris de classe) commun et je rapproche cela de la critique que fait Neil Smith du terme de « pionniers ». Bref, la ville revanchiste n’a donc pas beaucoup de rapport avec la question de la position de classe des gentrifieurs. Et encore une fois, ce n’est pas parce que la petite bourgeoisie intellectuelle est diverse (surtout si on se place à un niveau individuel) qu’elle ne forme pas une classe (au moins en soi) distincte des classes populaires et de la bourgeoisie, qui elles aussi sont diverses et l’ont toujours été (même au temps où on invoquait plus que maintenant la classe ouvrière). J’ai d’ailleurs tenu à rappeler la diversité du peuple de Paris au xixe siècle dans le passage intitulé « Une ville populaire caractérisée par des rapports de classe conflictuels » (précisément p. 20-21) dans le premier chapitre.

La fin de la citation ci-dessus rapproche des éléments au statut hétérogène : p. 143, il est question de la caractérisation des gentrifieurs que j’ai enquêtés, qui ne se limite pas au revenu. C’est avant tout par leur profession que je les caractérise, en la rapprochant du travail statistique effectué sur les catégories socio-professionnelles. Leur revenu est mentionné à titre descriptif, il ne prouve pas leur appartenance à une classe, encore moins à des « catégories supérieures », terme que je n’utilise qu’à titre descriptif pour caractériser les catégories socioprofessionnelles supérieures (c’est-à-dire essentiellement les cadres et professions intellectuelles supérieures). De ce point de vue, la profession des gentrifieurs que j’ai enquêtés les classait presque toujours parmi cette catégorie. En revanche, p. 41, il est question de la position de la classe intermédiaire à laquelle appartiennent les gentrifieurs dans les rapports de production (cf. extrait ci-dessus). Le rapprochement fait dans la phrase de Colin Giraud va donc bien vite en besogne et fait croire que j’aurais une bien curieuse façon de prouver quelque chose ici.

De même, si l’opposition frontale entre gentrifieurs et classes populaires est assimilée à celle qui structure les rapports « entre bourgeois et prolétaires », chemin faisant, ces « rapports de classe » s’avèrent plus complexes (chapitres 7 et 9). S’ils révèlent, bien sûr, des formes de domination, celles-ci sont plus ou moins aiguës et ne se limitent pas à l’opposition entre riches et pauvres. Des travaux ont montré le caractère souvent plus euphémisé, plus subtil et moins unilatéral des rapports de domination dans l’espace urbain, en particulier dans les contextes gentrifiés (Giroud 2012 et Tissot 2012). L’appartenance de classe n’est, d’ailleurs, pas le seul registre intervenant dans ces rapports sociaux : l’âge, l’origine culturelle ou le genre constituent aussi des déterminants importants dans la construction des rapports sociaux. Le « peuple » de Paris n’est donc pas une catégorie homogène, les gentrifieurs non plus. Décrire leurs rapports sociaux par l’opposition « entre bourgeois et prolétaires » (p. 234) apparaît certes radical, mais aussi réducteur.

On aura donc compris que le rapport de domination entre petite bourgeoisie intellectuelle (dont font partie les gentrifieurs) et classes populaires n’est pas nécessairement une opposition frontale (comme d’ailleurs celui qui existe entre bourgeois et prolétaires) et qu’il est différent des rapports entre bourgeois et prolétaires, même s’ils sont liés. Je montre par ailleurs qu’ils peuvent prendre des formes variées, qu’ils ne se limitent pas du tout à une opposition entre riches et pauvres (j’utilise très peu ces catégories qui, précisément, font l’impasse sur la complexité des rapports de classe) et ce n’est parce que je parle de rapports de classe que cela suppose qu’ils sont simples et unilatéraux.

Enfin, ce qui apparaît réducteur, c’est surtout la lecture de Colin Giraud, qui sort complètement de son contexte ce bout de phrase « entre bourgeois et prolétaires », qui ne portait pas sur leur opposition à laquelle se réduirait les rapports sociaux…

Il s’agit d’un passage de la conclusion, dans laquelle j’adopte un ton plus engagé, tout en restant en continuité avec ce que j’ai démontré par mon travail de recherche (p. 234 – sans les notes – j’ai souligné le bout de phrase cité par Colin Giraud) :

Même si la mairie de gauche ne cherche pas à évincer directement les classes populaires de Paris (mais l’essentiel a déjà été fait avant), les politiques qu’elle mène contribuent à les effacer symboliquement en adaptant la ville au mode de vie de la petite bourgeoisie intellectuelle. En promouvant une hypothétique « ville partagée » au moment où elle l’est le moins, elle fait abstraction des rapports de classe et des intérêts antagonistes qui se jouent dans la ville. Assurer l’accès des classes populaires au logement à Paris, c’est nécessairement circonscrire les privilèges des propriétaires et des investisseurs immobiliers. Ne pas poser ce type de contradiction conduit à laisser les dominants dominer. Ce genre de non-dits se retrouve dans la pratique de gouvernement de la gauche au niveau national : réduire le chômage supposerait d’entamer le pouvoir de classe des détenteurs du capital, mais ne pas le dire et, au contraire, faire le choix de la « compétitivité » revient à appuyer les prérogatives du capital en faisant croire que cela profitera à tout le monde, ce qui est le propre de la fiction néolibérale. En contribuant à anesthésier les conflits de classes, ces non-dits favorisent in fine le pouvoir de classe de la bourgeoisie. La ville petite-bourgeoise est un décor de spectacle, un objet de consommation, le tout dans un univers de plus en plus sécuritaire. Les quartiers populaires ne sont presque plus qu’un décor pour café branché, loin du creuset de mobilisation et d’émancipation qu’ils ont pu être.

Pour contrer ces non-dits, l’intérêt de la notion de gentrification est à la fois heuristique et politique : elle permet de faire le lien entre un processus devenu banal dans les centres-villes et le système capitaliste mondial, donc de faire le lien entre la transformation des quartiers anciens centraux et les rapports de domination. Elle permet de montrer que cette transformation est autre chose qu’une simple amélioration du bâti, de l’espace public ou des commerces, en mettant en lumière selon quel point de vue il s’agit d’une amélioration, à qui elle profite et qui elle dépossède. Elle permet aussi d’aller au-delà des poncifs des politiques publiques urbaines en en montrant les impasses et les angles morts. La valorisation de la mixité sociale non seulement ne suffit pas, mais empêche la remise en cause radicale des causes mêmes de la gentrification. En promouvant la mixité sociale, on se donne bonne conscience sans remettre en question le mode même de production du logement et les rapports de classe. On agit plus pour atteindre un illusoire « vivre ensemble » entre bourgeois et prolétaires que pour remettre en cause la division même de la société en classes. Bien sûr, il vaut mieux une municipalité qui crée des logements sociaux et des équipements publics qu’une qui laisse le champ libre au secteur privé capitaliste. Néanmoins, la création de logements sociaux est coûteuse et n’empêche pas la gentrification.

Dans ce passage, parler de bourgeois et de prolétaires est un effet de style (encore une fois, on est dans la conclusion, le propos est plus engagé et s’autorise plus de liberté de style) pour montrer le caractère illusoire de la mixité sociale. Cela ne devrait pas faire oublier l’utilisation que je fais de la notion de petite bourgeoisie intellectuelle dans l’analyse des rapports sociaux dans les quartiers qui se gentrifient.

·      « L’intentionnalité des acteurs en question »

Enfin, le livre insiste aussi sur le rôle, dans la gentrification de Paris, de certains comportements stratégiques mis en œuvre par des individus rationnels et des groupes à l’intention délibérée. Il en va ainsi des promoteurs immobiliers, mais aussi des commerçants qui auraient « souvent l’ambition délibérée de transformer un quartier populaire » (p. 107), de certains nouveaux habitants et des élus. On perçoit à nouveau ici la filiation avec l’approche de Neil Smith, qui envisage la gentrification comme le résultat de comportements parfaitement rationnels, voire conscients et coordonnés, d’une multitude d’acteurs mus, de façon relativement abstraite, par les logiques de localisation du capital dans l’espace. Cette lecture intentionnelle des processus de gentrification est souvent davantage postulée qu’étayée. Le fait qu’un habitant mobilise, en entretien, le terme de « stratégie » ne suffit pas à établir la rationalité de ses choix, la perfection de son degré d’information et encore moins la conscience claire des effets futurs et agrégés de son comportement individuel (p. 103). L’analyse des parcours et des représentations de ces nouveaux habitants montre bien plus l’effet de dispositions socio-culturelles incorporées dans le passé (attrait pour le mélange, la diversité et l’authenticité) que celui de calculs rationnels tournés vers les seuls gains économiques, au détriment des autres.

Une nouvelle fois, le reproche semble fondé sur un amalgame que fait le lecteur lui-même. Dans le chapitre 5, je passe en revue les différents acteurs qui interviennent dans la gentrification (les gentrifieurs au sens large, pourrait-on dire). Si les acteurs économiques comme les promoteurs immobiliers ou certains commerçants (ce n’est pas le cas de tous) ont bien des stratégies conscientes de leur intérêt économique (ce qui ne signifie pas qu’ils soient des robots mus par le capital…), cela ne signifie pas que j’analyse les choix résidentiels des ménages gentrifieurs de la même façon. D’une part, je montre que les stratégies des premiers sont aussi des paris (comme celui des patrons de café de la rue Oberkampf) et qu’ils ont parfois des hésitations (comme le promoteur de la Cour de Bretagne), qu’ils ne sont donc pas « parfaitement rationnels », ce qui n’a guère de sens. D’ailleurs, je ne vois pas où on peut faire ce reproche à Neil Smith. Dans le cas de la rénovation urbaine de Society Hill, celui-ci montre comment une coalition d’acteurs diverses (État, municipalité, promoteurs, banques) se met en place pour transformer radicalement un ancien quartier bourgeois devenu populaire au centre de Philadelphie, transformer étant ici se réapproprier. Son analyse se rapproche des travaux sur les logiques d’acteurs en science politique ou en géographie sur l’aménagement urbain, il ne postule pas que les comportements de ces acteurs sont parfaitement rationnels, mais il montre qu’ils sont animés par des intérêts économiques et politiques bien compris. Je ne comprends pas l’intérêt de cette caricature des travaux de Neil Smith, que l’on ne retrouve pas dans les critiques qu’a pu lui faire David Ley dans les nombreuses controverses des années 1980 entre ces deux auteurs. David Ley (Smith et Ley, 1987) a critiqué la théorie du rent gap (là où Neil Smith montrait justement qu’il n’était pas automatique puisqu’il avait fallu toute une mobilisation d’acteurs variés pour le réaliser à Philadelphie, voir Smith, 1979), et Neil Smith a tenu compte de certaines des critiques qui lui ont été faites en intégrant une réflexion sur le groupe social des gentrifieurs (Smith, 1999).

Je n’ai donc pas de lecture intentionnelle du processus de gentrification en ce qui concerne les ménages gentrifieurs. Au contraire, ce que j’analyse, c’est leurs choix résidentiels et comment ils les justifient. On parle aussi de stratégie résidentielle, mais il ne s’agit pas de stratégie de gentrification, la plupart d’entre eux n’étant pas conscients du processus dans lequel ils s’insèrent, surtout quand il a à peine commencé dans un quartier.

Voici le passage de la page 103 auquel fait allusion Colin Giraud (sans les notes) :

Pour la plupart des gentrifieurs, c’est néanmoins la recherche d’un logement à acquérir qui détermine leur installation dans un quartier populaire, repoussés de quartiers plus attractifs par la hausse des prix : « Nous avons choisi d’être propriétaires, même si c’était au départ d’habiter dans des choses très petites et des quartiers très populaires, ça a été notre stratégie ».

Comme à la fin des années 1970 autour de la rue Daguerre, ceux qui s’installent dans le faubourg Saint-Antoine dix ans plus tard, dans le faubourg du Temple vingt ans après et à Château Rouge dans les années 2000 cherchent à concilier deux priorités : habiter Paris et trouver un logement à leur goût et abordable, le choix du quartier étant secondaire.

La « stratégie » dont il est question ici est celle d’un ménage de classe intermédiaire pour pouvoir rester dans Paris, pas d’une stratégie ou d’une intentionnalité de gentrification. Plus loin, un autre passage peut aussi être mal interprété si on suit Colin Giraud (p. 104 – sans les notes) :

En achetant, tous sont conscients de faire un choix économique mûrement réfléchi, comme en témoigne ce couple qui a acheté avec son appartement une place de stationnement dans une cour réhabilitée du faubourg du Temple, sans toutefois avoir de voiture, et qui leur sert de terrasse : « C’était un achat réfléchi : quand on achète un appartement, si on veut vendre, on valorise le bien si on vend avec une place de parking. […] On n’a pas acheté pour faire un jardin, parce que c’est quand même un investissement de 90 000 francs [13 720 €], donc pour le jardin, c’est un peu cher, plus les plantes, etc. ».

Le choix économique mûrement réfléchi ici est l’achat d’un appartement, pas le fait de « gentrifier » un quartier populaire. Il s’agit là des modalités du choix d’investissement immobilier pour eux-mêmes (ce ne sont pas des bailleurs). Cela ne laisse aucunement entendre qu’ils seraient conscients de la gentrification en cours (certains le sont mais pas tous), encore moins de leur rôle dans ce processus et des conséquences pour les classes populaires. Autrement dit, non, les ménages gentrifieurs n’ont pas l’intention de conquérir un quartier au détriment des classes populaires qui l’habitaient jusqu’ici. C’est ce à quoi aboutit l’agrégation de leurs choix résidentiels et de leurs pratiques du quartier, mais cela ne veut pas dire qu’ils l’aient voulu. Ce n’est pas non plus qu’un choix économique, puisque l’un des éléments clés de leur choix résidentiels est la volonté de rester dans Paris et cela ne s’explique pas de façon économique (au contraire, cela leur impose une forte contrainte, il pourrait acheter un logement plus grand s’ils achetaient en banlieue). L’importance de Paris pour les gentrifieurs, qui est toujours vraie pour les gentrifieurs de Montreuil comme l’a montré Anaïs Collet (2010) (où les gentrifieurs transforment leur logement et le quartier du Bas-Montreuil pour en faire une sorte de quartier parisien), correspond bien à un habitus de classe, qui est rarement conscient.

En revanche, ce que montrent mes enquêtes, c’est que l’attrait de la diversité, du mélange et de l’authenticité n’est pas vraiment mobilisé par les gentrifieurs que j’ai pu rencontrer pour expliquer leur choix résidentiel. Elles montrent que le choix du logement et de Paris précède celui du quartier, et que cela peut même occasionner quelques réserves face au quartier lors des premiers temps. La valorisation de la diversité arrive après, a posteriori, mais pas comme un moteur du choix résidentiel. Il est évidemment intéressant de confronter ce résultat à d’autres enquêtes sur d’autres terrains, mais on ne peut pas me reprocher quelque chose qui ressort des entretiens que j’ai menés et non de postulats.

De même, le fait qu’une mesure politique n’atteigne pas les effets escomptés signifie-t-il nécessairement que c’était précisément l’effet inverse qui était recherché, en réalité, par des élus complices de la rente foncière ? De nombreux travaux de sciences sociales ont montré que les effets collectifs de comportements individuels agrégés et non nécessairement coordonnés permettaient rarement d’en déduire les motifs initiaux, les « intentions » de chaque comportement saisi individuellement ; il en va de même au sujet des processus de gentrification (Launay 2011). Sur ces différents points, l’analyse menée par Anne Clerval tend à opposer presque systématiquement un « peuple » de Paris à des élites culturelles, politiques et économiques conjointement et consciemment mobilisées dans une forme d’éradication du populaire. Or, la gentrification a ceci de paradoxal qu’elle repose souvent sur des formes variées de valorisation du populaire ayant, certes, pour effet pervers et paradoxal de contribuer à son effacement, mais sans que l’on puisse en établir le caractère intentionnel et délibéré.

Dans ce passage, l’auteur me fait un mauvais procès puisque toute mon analyse des politiques publiques montre qu’elles ont des intentions diverses selon les époques et ceux qui les mènent et des effets ambigus sur la gentrification, des politiques de rénovation des années 1960 aux années 1990 à la relance du logement social par la municipalité de gauche. Dans le cas de cette dernière, l’intentionnalité de l’accompagnement de la gentrification n’est pas facile à établir et je ne m’y risque pas. On peut saisir une intentionnalité partielle dans certains cas (comme à Château Rouge ou dans les discours du maire du 19e), mais aussi une sorte de volonté d’équilibrage social à travers la politique de logement social. Pour autant, l’analyse du rôle des politiques publiques dans la gentrification ne repose pas sur leur intentionnalité mais sur leurs résultats objectifs (en particulier quand plusieurs politiques différentes ont des effets convergents). Ainsi, à propos de la politique de logement social, il apparaît nettement qu’elle est incapable de freiner le processus, et qu’elle l’accompagne même dans certains quartiers, que cela soit intentionnel ou non. En ce qui concerne la soi-disant « valorisation du populaire », je renvoie au passage « L’art de la récupération : l’espace local comme capital » dans le chapitre 7 du livre, qui en montre le caractère plus qu’ambigu.

Je ne citerai qu’un passage (p. 168-169 – sans les notes), qui montre bien que je ne postule pas l’intentionnalité générale des acteurs de la gentrification :

Seule une minorité de gentrifieurs cherche à s’approprier le quartier dans lequel ils s’installent à la façon des militants de « Droit au calme » à Château Rouge, c’est-à-dire ouvertement, par une action délibérée et orientée en ce sens, souvent dirigée expressément contre les symboles de l’identité populaire et cosmopolite du quartier, comme les commerces destinés aux immigrés. La plupart des gentrifieurs s’approprient progressivement le quartier – parfois sans même en avoir conscience – par une récupération de son identité populaire et cosmopolite : il s’agit là d’une sorte de travail de sape symbolique qui accompagne le remplacement dans l’habitat des classes populaires par la petite bourgeoisie intellectuelle. Cette récupération a également une fonction structurante pour le groupe des gentrifieurs lui-même.

Ambitieux dans sa démarche, le livre propose donc une vision « globale » de la gentrification qui fournit une quantité impressionnante d’informations et permet d’en apprendre beaucoup sur les transformations de Paris depuis une quarantaine d’années. Mais ce processus « global » n’a rien de mécanique : il connaît des variations et des limites, il résulte de plusieurs facteurs et se réduit rarement à une opposition frontale entre des élites conquérantes et un peuple dominé tous azimuts.

Ce n’est pas parce que je mobilise une analyse en termes de rapports de domination et que je fais le lien entre la gentrification et le système capitaliste dans laquelle elle s’insère que j’affirme que ce processus est mécanique. Cette représentation semble plutôt être celle qu’a l’auteur des analyses marxistes, que manifestement il connaît mal puisqu’il ne peut pas envisager qu’elles soient autre chose que binaires et déterministes.

Voici un passage de l’introduction du livre qui montre bien que je ne conçois pas la gentrification comme un processus mécanique (p. 10-11) :

La gentrification s’inscrit dans une interaction dialectique entre l’espace urbain et l’espace social. L’espace urbain ancien porte en lui l’héritage des rapports sociaux passés et présente une force d’inertie face aux transformations sociales. On peut lire la gentrification comme le processus par lequel l’espace urbain central est adapté à l’état actuel des rapports sociaux. Cette adaptation ne va pas de soi et implique de nombreux acteurs. Elle est aussi une forme de violence sociale, de dépossession des classes populaires. En effet, la gentrification transforme à la fois un espace bâti – le quartier ancien – et un espace approprié et signifiant – le quartier populaire. Si elle participe à préserver le bâti ancien, elle contribue à détruire la ressource sociale et symbolique que représente le quartier populaire pour ses habitants. Ces quartiers, jusqu’ici symboliquement dévalorisés (par la vétusté de leur bâti et leur appropriation par les classes populaires), sont valorisés et embellis à la mesure de l’attractivité potentielle que pouvait susciter leur position centrale dans la ville ou leur proximité du centre. Cette centralité n’est pas donnée d’avance, elle est une construction sociale, que la gentrification contribue à renforcer et à recomposer. La centralité est également liée au pouvoir : pouvoir de classe qui explique l’appropriation des quartiers anciens centraux par des ménages mieux dotés en capital (économique et surtout culturel) que les classes populaires, mais aussi pouvoir en termes d’image et de prestige que la ville embellie et foisonnant d’événements culturels confère aux édiles et aux investisseurs locaux (d’envergure internationale à Paris). Cela pose la question du rôle des politiques publiques (avec parfois l’appui des capitaux privés) dans la gentrification. En effet, si la centralité est construite, le renversement de tendances comme la dégradation du bâti, la paupérisation ou le dépeuplement d’un quartier ne va pas de soi et nécessite souvent une intervention volontaire de la part des pouvoirs publics, qui ne se limite pas à la réhabilitation de l’habitat.

Je ne reviens pas sur l’opposition binaire entre « élites [terme que je n’emploie jamais car en désignant ceux qui seraient « les meilleurs », il justifie l’existence de rapports de domination et de dominants] conquérantes » et « un peuple dominé tous azimuts ». On peut seulement relever que la formule un peu familière ici a pour effet de décrédibiliser l’analyse en termes de rapports de domination : ce n’est pas parce que l’on souligne que les classes populaires sont dominées (et elles le sont sur plusieurs plans) qu’elles sont pour autant paralysées et incapables d’agir. J’ai bien montré les formes de résistances des classes populaires par la pratique de l’espace public, rejoignant en cela les analyses de Matthieu Giroud (2007).

Références bibliograpiques

Alain Bihr, Entre bourgeoisie et prolétariat : l’encadrement capitaliste, Paris, L’Harmattan, 1989, 418 p.

Pierre Bourdieu, La Distinction, critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979, 670 p.

Anaïs Collet, sous la dir. de Jean-Yves Authier, Générations de classes moyennes et travail de gentrification. Changement social et changement urbain dans le Bas-Montreuil et à la Croix-Rousse, 1975-2005, thèse de doctorat en sociologie, Université Lumière Lyon 2, 2010.

Jean-Pierre Garnier, Une violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite bourgeoisie intellectuelle et l’effacement des classes populaires, Marseille, Agone, coll. Contre-Feux, 2010, 254 p.

Matthieu Giroud, sous la dir. de Françoise Dureau, Résister en habitant ? Renouvellement urbain et continuités populaires en centre ancien (Berriat Saint-Bruno à Grenoble et Alcântara à Lisbonne), thèse de doctorat en géographie, Université de Poitiers, 2007.

Neil Smith et David Ley, « Gentrification and the rent gap », « The Rent gap revisited », Annals of the Association of American Geographers, 1987, vol. 77, no 3, p. 462-478.

Timothy Pattison, sous la dir. de Tunney F. Lee, The process of neighborhood upgrading and gentrification : an examination of two neighborhoods in the Boston metropolitan area, mémoire de master en urbanisme, Massachusetts Institue of Technology, 1977.

Tom Slater, Winifred Curran et Loretta Lees, « Gentrification research : new directions and critical scholarship », Environment and Planning A, 2004, vol. 36, no 7, p. 1141-1150.

Tom Slater, « The Eviction of critical perspectives from gentrification research », International Journal of Urban and Regional Research, 2006, vol. 30, no 4, p. 737-757.

Neil Smith, « Gentrification and capital : practice and ideology in Society Hill », Antipode, 1979, vol. 11, no 3, p. 24-35.

Neil Smith, « À propos de yuppies et de logements, la gentrification, la restructuration sociale et le rêve urbain », Géographie, économie et sociétés, 1999, no 1, p. 157-189.

Neil Smith, « La gentrification généralisée : d’une anomalie locale à la “régénération” urbaine comme stratégie urbaine globale » in Catherine Bidou-Zachariasen (dir.), Retours en ville : des processus de « gentrification » urbaine aux politiques de « revitalisation » des centres, Paris, Descartes & Cie, 2003, p. 45-72.

Elvin K. Wyly et Daniel J. Hammel, « Mapping neo-liberal American urbanism » in Rowland Atkinson et Gary Bridge (dir.), Gentrification in a global context : the new urban colonialism, Milton Park, Routledge, 2005, p. 18-38.

 


[1] Personne dans la littérature en anglais ne se réfère à un quelconque « modèle » (encore moins canonique) de Neil Smith.