moteur de recherche

Archives de la ville informelle

Archiver la ville informelle : la Zone de Paris en perspective

Dans le cadre du projet de recherche Archival city, piloté par Vincent Lemire (Upem, ACP), le Grand Paris constitue un terrain d’observation privilégié des liens entre histoire et archives d’une part et entre usages de l’histoire et aménagement urbain d’autre part. Si l’idée même d’un guide ou d’un portail des sources archivistiques et documentaires de l’histoire du Grand Paris semble utopique, les centres d’archives et de documentation sont depuis longtemps bien identifiés et fréquentés par les chercheurs. Il n’en reste pas moins que les liaisons entre les fonds référencés par les archivistes et les corpus utilisés par les chercheurs ne coïncident pas toujours. Beaucoup de recherches utilisent ainsi des chemins de traverse ou des voies obliques pour approcher les grands objets de l’histoire du Grand Paris : schémas d’aménagement, grands équipements régionaux, grands programmes de logement ou d’urbanisme, etc. Par ailleurs, les institutions qui produisent les fonds classiques de l’histoire du Grand Paris (Préfecture de la Seine, District de la région parisienne, Secrétariat général des villes nouvelles, établissements publics d’aménagement des grandes opérations, etc.) ne sont généralement connus que dans les grandes lignes et non dans le détail du fonctionnement de leurs services d’études, de programmation, de gestion.

La Zone de Paris constitue l’un de ces grands objets d’histoire pour au moins trois raisons. En premier lieu, l’histoire qui conduit des « Fortifs au Périph » (Cohen-Lortie, 1991) est une histoire de longue durée (1840-1970) dont l’écho résonne encore fortement sur le fonctionnement et l’avenir de la Métropole du Grand Paris. En second lieu, la Zone a suscité des recherches croisant des méthodes et des ancrages disciplinaires très différents, de l’histoire de l’architecture à l’histoire sociale en passant par l’histoire des politiques publiques de résorption de l’habitat insalubre ou l’histoire des rapports Paris/Banlieues. En troisième lieu, la Zone de par son caractère illégal toléré puis légalisé a suscité des quantités d’archives, dont la localisation, la logique de production et les usages méritent qu’on s’y arrête.

L’idée de l’atelier « Archiver la ville informelle : la Zone de Paris en perspective » est donc de réunir plusieurs chercheurs qui ont travaillé sur la Zone de Paris dans des ancrages disciplinaires, des temporalités ou des perspectives d’enquête différentes et donc constituant des corpus de recherche, des problématiques et des méthodes d’analyse parfois divergentes. Il s’agira dans un premier temps d’échanger autour des archives conservées par les archivistes et mobilisées/mobilisables par les chercheurs, de la constitution des corpus d’enquête de recherche mais aussi de la constitution même des archives de la Zone et de leur usage administratif, politique et social, tels que les chercheurs les perçoivent via l’utilisation des fonds. L’atelier sera aussi ouvert à des comparaisons nationales et internationales autour de sujets comparables (habitat informel, gestion des périphéries informelles, habitat insalubre, etc.).

L’exemple de la Zone, par son caractère exceptionnel et non maîtrisable par un seul chercheur permet de poser les questions centrales pour Archival city en général et pour le terrain du Grand Paris en particulier. Comprendre qui produit des archives sur un territoire urbain problématique et convoité ? Comment ? Pour qui ? Pour quoi ? Pourquoi on garde ces archives ? Qu’est ce qu’on garde ? etc. Les sources d’un objet de recherche aussi complexe que la Zone méritent donc une forme d’histoire qui pourra passer par la mise en cause même de l’intérêt d’une recherche sur les archives, à l’heure ou des grands programmes de recherche (Venice Time Machine) envisagent de constituer les archives en datas et de faire dialoguer entre eux des fonds sur des plateformes numériques permettant des croisements inédits et prenant le risque de la dé-contextualisation des corpus.

Après une introduction expliquant l’origine et les enjeux de cet atelier de recherche, le déroulement prendra la forme d’une table-ronde et non d’une succession de communications, chercheurs et archivistes étant amenés à dialoguer à partir de leurs connaissances et de leurs expériences des fonds consultés.

Avec la participation de : Isabelle Backouche (historienne, directrice de recherche à l’EHESS, CRH), Yankel Filjakow, professeur de sociologie et d’urbanisme, ENSAPVdS, LAVUE), Anne Granier (historienne, docteure en histoire de l’Université Lyon II), Vincent Lemire (maître de conférences HDR, UPEM, ACP), André Lortie (professeur d’architecture, ENSAPB, Ausser-Ipraus), Frédéric Moret (professeur d’histoire contemporaine, UPEM, ACP), Guillaume Nahon (directeur des Archives de Paris), Vincent Tuchais (archiviste, Archives de Paris), Loïc Vadelorge (professeur d’histoire contemporaine, UPEM, ACP), Charlotte Vorms (maître de conférences en histoire contemporaine, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CHSMC

 

Repenser la limite de Paris : quel rôle pour la connaissance historique ? 

En 1991, la publication de l’ouvrage Des Fortifs au périf concluait un cycle de recherche de quatre années portant sur la genèse de la limite de Paris, sur les débats et les projets que la constitution de cette limite avait suscités et sur son actualité dans la métropole parisienne. La période couverte par la recherche s’étendait des débats du début du XIXe siècle sur la défense à donner à la capitale de la France, aux questionnements métropolitains de l’époque sur la dernière « enceinte » de Paris, celle du boulevard périphérique et de son flux incessant de véhicules. Cette recherche et la publication qui en résulta ont contribué à renouveler la perception et la compréhension du rôle de cette limite dans l’organisation métropolitaine grand parisienne. Non seulement a-t-elle participé d’une prise en compte de la spécificité de ce territoire et de ce qu’il appelait une adaptation des démarches de projet urbain à sa mesure, mais encore a-t-elle concouru à une évolution du regard sur l’agglomération elle-même et sur le fait que Paris est une entité solidaire au sein d’un ensemble complexe, que de nombreuses continuités et complémentarités renforcent, indépendamment de, ou malgré la force matérielle de sa limite.

En cette année du centenaire de la loi sur le déclassement de la dernière enceinte fortifiée de Paris – promulguée le 19 avril 1919 – s’ouvre un nouveau cycle de réflexion et de débats sur la nature et la forme à donner à la limite qui sépare Paris et ses territoires voisins. Ainsi, le Conseil municipal a-t-il jugé nécessaire de se doter de la Mission d’information et d’évaluation « Le périphérique, quelles perspectives de changement », dont les conclusions auront été débattues à partir du 11 juin, tandis qu’une dizaine de conventions unissant la capitale et ses voisins auront été renouvelées. C’est la raison pour laquelle il est opportun de s’interroger, dans le cadre du projet de recherche Archival City, au sujet de l’impact de la connaissance historique sur les décisions politiques et techniques d’aménagement grand parisien et sur le rôle des ressources archivistiques dans la création de ces dynamiques métropolitaines nouvelles.

C’est dans cet esprit que nous avons regroupé en une table-ronde des acteurs représentatifs de ces dynamiques, afin que leurs échanges contribuent à un enrichissement de ces questionnements : Laurence Goldgrab, conseillère de Paris, présidente de la Mission d’information et d’évaluation « Le périphérique, quelles perspectives de changement », Dominique Alba, directrice générale de l’Atelier parisien d’urbanisme, Yannick Beltrando, architecte et urbaniste, agence Anyoji Beltrando et Jean-Louis Cohen, historien, Institute of Fine Arts, NYU et Collège de France. Chacun.e sera invité.e à présenter son point de vue sur les récentes évolutions et les tendances qui se dessinent, au prisme de l’héritage historique qui les détermine.