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Argumentaire DeFront

Déplacements de frontières et annexions dans l’Occident médiéval (XIIe-XVe siècle)
Premières approches

Journées d’Études coordonnées par Stéphane Péquignot & Pierre Savy 
26 novembre 2012 à Marne-la-Vallée (UPEMLV, Bois de l'Étang)   programme...
10 juin 2013 à l'École Pratique des Hautes Études, Paris

Voilà longtemps que l’on a cessé d’envisager les frontières comme des limites « naturelles ». Pourtant, s’agissant du bas Moyen Âge, on continue encore souvent de considérer comme intangible la souveraineté territoriale que dessinent les frontières établies à de grandes dates (843, 1032, etc.) pour séparer des États parfaitement souverains de l’Occident chrétien. L’écart est grand, cependant, entre cette théorie et la pratique. Cette dernière montre qu’il est possible de changer la frontière ; que l’on peut non seulement conquérir et devenir le maître d’un territoire, ou tenir un territoire hors de son espace politique de référence (le roi d’Angleterre est duc d’Aquitaine), mais aussi annexer, rattacher un territoire à un autre espace politique, le « réunir » ou le « transporter » en termes de souveraineté dans un autre monde (le transport réel et l’exercice effectif du pouvoir restant une autre affaire).

On a pu s’intéresser à ce qu’entraîne le passage d’un territoire d’un État à un autre, aux modifications qu’il provoque ; mais qu’est-ce donc qui l’autorise ? Comment peut-on s’arroger ce droit énorme au déplacement de frontières jugées naturelles et presque éternelles ? Une réflexion approfondie devrait permettre d’appréhender le déroulement de l’annexion au bas Moyen Âge et de montrer ainsi le fonctionnement et aussi les limites de l’ordre politique et territorial ancien. À l’arrière-plan de ces questions, se trouve le problème de la constitution territoriale, de ce qui fait et fonde l’inscription du pouvoir dans l’espace.

On pourra prendre en considération la frontière franco-impériale, qui illustre ce phénomène, depuis les grignotages irréversibles effectués par les rois de France (Lyon, le Dauphiné, etc.) jusqu’à de véritables intrusions, soudaines et moins durables, en particulier sur certains espaces de « vide politique » de l’Italie du Nord. Il est d’autres espaces sur lesquels l’enquête pourrait porter : les îles de la Méditerranée, qui font, à qui les observe depuis le continent et dans une perspective formaliste, l’impression d’une certaine souplesse s’agissant de qui y exerce sa souveraineté (une souveraineté qui y demeure parfois fictive), ou l’aire ibérique, bien sûr, terre de « conquêtes », de « reconquêtes » et d’empiètements, qui a connu de nombreuses expériences de déplacements de frontières (conçues de différentes manières) et des procédures d’annexions à des échelles très diverses. Il ne s’agira pas de prétendre à l’exhaustivité en « couvrant » le vaste espace pris en considération – France et Empire, péninsule Ibérique, Italie et Méditerranée occidentale – mais, bien plutôt, d’engager une réflexion collective et véritablement comparatiste sur des phénomènes et des cas appartenant à l’un ou l’autre de ces espaces. Tout niveau et toute échelle d’analyse semblent a priori prometteurs : depuis les vastes espaces de la haute politique jusqu’à des terrains aux dimensions plus modestes, et depuis le niveau pratique – comment déplacer une borne, comment enquêter et décrire un territoire, comment en assurer la prise de possession –, jusqu’au niveau de la théorie, avec notamment la façon dont le droit accompagne ou non ces annexions, en passant par le niveau de la procédure politique – inféoder, conquérir, « se donner », décréter le transfert. À chacun de ces niveaux, interviennent des négociations et des débats entre des acteurs sur les questions d’annexions : juristes, mais aussi, localement, officiers des princes, communautés d’habitants, commissaires, arbitres, etc. Les perspectives diplomatiques et juridiques paraissent centrales, mais il n’y a pas lieu de négliger l’importance de la dimension philologique, lexicale et documentaire (quels mots sont employés pour désigner l’annexion et la pratique ; quelles sont les sources et les archives des annexions), non plus que celle de la géographie et de l’appréhension de l’espace dans ces affaires (le rôle des commissions de délimitation et l’usage de cartes).

Cette « oscillation des confins » au bas Moyen Âge sera au cœur de deux journées d’études organisées le 26 novembre 2012 et le 10 juin 2013 à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée et à l’École pratique des hautes études à Paris.